Sans titre (1967)
Nicolas Mavrikakis - 12 janvier 2018

Sans titre (1967)

Credit photo : Caroline Bergeron

Charles Daudelin, a été un artiste multidisciplinaire qui a autant créé des décors de théâtre et de télévision que des marionnettes, des murales, des bijoux, des affiches, des illustrations de livres et bien sûr, – ce qui le rendit encore plus célèbre –, des sculptures. Il fut l’un des pionniers de l’intégration des arts à l’architecture, intervenant dans des espaces publics comme la Place du Québec à Paris, la place devant la Gare du Palais de Québec, le square Viger ou les stations de métro Langelier et Mont-Royal à Montréal…

 

Sa pratique sculpturale fut très diversifiée. Il travailla autant le bronze, l’aluminium, la pierre, l’acier, le plexiglas, la terre cuite… En mai 1974 – au critique d’art Laurent Lamy, dans le cadre de l’émission L’art d’aujourd’hui à Radio-Canada –, il expliquait comment il aimait utiliser d’anciens et de nouveaux matériaux, même s’il n’était pas un spécialiste de chacun d’entre eux. Il expérimentait avec ceux-ci afin de repousser les limites de leurs usages habituels.

 

Dans ses œuvres, Daudelin créait souvent des effets non conventionnels. Dans le cas de ses sculptures de bronze, qu’il réalisa en grand nombre dans les années 1960, il est surprenant de voir comment l’artiste conservait les caractéristiques visuelles du polystyrène expansé, qu’il utilisait pour élaborer les modèles de ses moulages qu’il envoyait à la fonderie. Autant dans cette œuvre (Sans titre, 1967) que dans son importante sculpture pour le Centre national des arts du Canada (Sans titre, 1969), la surface du bronze, par endroits polie – comme le veut généralement la tradition –, garde en d’autres parties des zones brutes avec des traces du grattage, de l’émiettement et de la texture granuleuse particulière au polystyrène. Du coup, le bronze, généralement prisé pour ses qualités de durabilité et de dureté, acquiert les apparences de fragilité et de souplesse propres à la mousse plastique. Daudelin savait donner un aspect plus organique, plus fluide, plus lyrique à ses bronzes tout en leur gardant des allures très solides.

 

Comme l’écrivait le critique d’art et poète Gilles Hénault, dans la revue Vie des arts en 1989, une des constantes de l’œuvre de Daudelin est la notion de dualité. Dans plusieurs de ces bronzes – comme celui-ci –, l’artiste crée des effets asymétriques dynamiques, des jeux entre des formes en équilibres et d’autres en déséquilibres, mais aussi entre des vides et des pleins. Ces espaces vides accentuent l’effet général de légèreté et d’expansion spatiale de la sculpture, s’opposant ici à l’aspect solide, dense et lourd du bronze.

 

Sans titre (1967)
Charles Daudelin (1920-2001)
Situé au Théâtre Maisonneuve

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