Michel Tremblay
Crédit photo : Sandra Larochelle
Crédit photo : Sandra Larochelle
Patrick Pierra - 4 juin 2018

Michel Tremblay soufflera en musique les 50 bougies des Belles-Sœurs

La Place des Arts présentera du 17 au 27 octobre 2018 une version revisitée de la comédie musicale Les Belles-Sœurs, créée par René Richard Cyr. Auteur de la célèbre pièce, Michel Tremblay se réjouit déjà de souligner de cette manière les 50 ans de cette œuvre marquante dans l’histoire du théâtre québécois.

 

Comment résumer Les Belles-Sœurs ?

La pièce met en scène 15 femmes qui, à cause d’un hasard, sont réunies dans une même cuisine. En une soirée, elles sortiront tout ce qu’elles ont en elles de plus beau et de plus laid, parce qu’elles sont entre elles, sans témoin masculin.

 

Vous doutiez-vous qu’on jouerait encore votre pièce 50 ans après sa création ?

Certainement pas. Quand j’ai écrit la pièce, je ne pensais même pas qu’elle serait jouée ! Je présumais qu’une pièce avec 15 personnages serait probablement trop complexe et trop coûteuse à mettre en scène. J’ai écrit Les Belles-Sœurs comme un exercice de style, pour incorporer au théâtre la langue dans laquelle j’avais été élevé. Lorsqu’elle a été mise en scène au Québec, on a tellement dit qu’elle était purement québécoise, locale, que jamais je n’imaginais qu’elle serait traduite et jouée à l’extérieur de la province, avec le succès que l’on connaît.

 

Qu’est-ce qui fait des Belles-Sœurs une pièce encore actuelle aujourd’hui ?

Les cultures ont beau changer, la nature humaine reste la même. Certes, la pièce est campée dans une époque où l’on collait des timbres pour choisir des prix dans un catalogue imprimé. Mais ce qu’il y avait d’humain il y a 50 ans est toujours présent, même si les timbres-primes n’existent plus depuis longtemps. L’important, ce sont les personnes humaines qui sont sur la scène : elles ne vieillissent pas.

 

Le metteur en scène René Richard Cyr, qui a adapté Les Belles-Sœurs au théâtre musical, affirme que la structure de votre pièce la prédisposait presque à une adaptation en chanson. Qu’en pensez-vous ?

Effectivement, c’est un argument qui m’a vite convaincu de lui laisser faire cette adaptation. La pièce comprend des chœurs et des monologues, deux formes de répliques rares dans le théâtre québécois de l’époque et qui se prêtaient particulièrement bien à la chanson. Les chœurs viennent de mon amour pour le théâtre grec : j’aime l’esprit de collectivité qu’expriment plusieurs personnages qui disent la même chose en même temps. De leur côté, les monologues avaient presque été abandonnés par le théâtre nord-américain, qui visait le réalisme. J’aime voir du réalisme, mais je n’aime pas en écrire. Je préfère que le spectateur ait sans cesse conscience qu’il n’est pas dans la réalité : il assiste à un spectacle, et la forme du monologue vient le lui rappeler.

 

L’adaptation en pièce musicale a-t-elle fait découvrir la pièce à un public qui va peu au théâtre ?

Sûrement. Dès son annonce, le projet d’adaptation a vite intrigué le public. Comme le spectacle était magnifique, il a connu un énorme succès : il a été joué plus de 200 fois. René Richard Cyr et Daniel Bélanger ont fait un travail formidable. Ils ont eu l’intelligence d’aller chercher l’essentiel. Je me retrouve entièrement dans les chansons, parce qu’elles viennent directement du contexte de la pièce. J’y entends le même message, les mêmes peines, les mêmes joies, dans des mots différents.

 

Êtes-vous impliqué dans la nouvelle production présentée en 2018 ?

Ce n’est pas mon rôle. J’ai laissé René Richard et Daniel créer de leur côté. Quand je donne mon texte à un metteur en scène, je disparais complètement. Je ne vais pas voir les répétitions et je reviens seulement pour assister à la générale. J’ai très hâte de voir les comédiennes qui ont changé de rôle et d’entendre la nouvelle chanson. La musique du spectacle est admirable, les chansons sont vraiment splendides !

 

Que dire à ceux qui n’ont jamais vu Les Belles-Sœurs et qui découvriront la pièce en version musicale ?

Le théâtre américain a longtemps été un théâtre d’hommes, écrit par des hommes et pour des hommes. Dans Les Belles-Sœurs, j’ai complètement effacé la présence des hommes : c’est ce qui va toujours rester, ce qu’on va toujours apprécier. Alors, préparez-vous à entendre d’abord et avant tout des voix de femmes !

 

Et à ceux qui connaissent déjà la pièce ?

Laissez votre mémoire de côté, n’essayez pas de surveiller ce qui a disparu ou changé. Laissez-vous plutôt charmer par ce que la pièce est devenue. Comme c’est un spectacle formidable, je ne crois pas qu’on puisse en sortir déçu !

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