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En résidence – quand Pénélope Gromko décloisonne la féminité
Maryse Boyce - 26 novembre 2021

En résidence – quand Pénélope Gromko décloisonne la féminité

Dans l’univers de la restauration, la serveuse joue un rôle essentiel : elle accueille la clientèle, elle veille avec attention à ses besoins... La chorégraphe et danseuse Pénélope Gromko s’est inspirée de sa propre expérience dans le domaine pour le spectacle Nos désirs sont des ordres, sur lequel elle a travaillé lors d’une résidence de création au début novembre à la Place des Arts.

 

Danse contemporaine, théâtre et soudure sont mis à contribution pour mener cette réflexion sur la fatigue et la féminité, en passant par la gentillesse, la séduction et la méchanceté. « La serveuse est une métaphore du rôle de la femme », précise Pénélope Gromko, jointe par téléphone pendant sa deuxième semaine de résidence. 

 

(Ne plus) s’oublier dans le don de soi

 

Du 1er au 12 novembre, au studio G de la Place des Arts, la chorégraphe a exploré, avec ses deux co-interprètes, Silvia Sanchez et Pamela Gómez Widman, « comment on arrive à une fatigue et un dégoût de devoir servir l’autre, au détriment de soi ». Ce constat a émergé vers la fin de ses études à École de danse contemporaine de Montréal – où elle a obtenu son diplôme en 2018, comme ses deux consœurs – alors qu’elle travaillait en parallèle à la plonge d’un restaurant et se sentait exténuée.

 

 

Le spectacle constitue donc une reprise de pouvoir et une réponse aussi créative que vengeresse à ce don de soi sans fond. « Pouvoir faire quelque chose de beau avec des états aussi sombres, ça m’inspire beaucoup », confie la chorégraphe.

 

Le public sera accueilli par les interprètes avec chaleur, puis cette convivialité basculera tranquillement vers la fatigue de celle qui se dévoue sans recevoir – un état dont sera exploré le lot d’émotions négatives et d’états troubles.

 

À travers la danse, un art dans lequel elle incarne sa féminité le plus pleinement, Nos désirs sont des ordres permet à Pénélope Gromko d’explorer la zone floue entre le choix et la contrainte quant aux manifestations de cette féminité. Elle revendique le droit d’en embrasser toutes les formes, de la serveuse à la vilaine, qui tiennent toutes un rôle important dans le spectacle.

 

 

« [...] comment on arrive à une fatigue et un dégoût de devoir servir l’autre, au détriment de soi »

 

Détourner le sens

 

Les ustensiles se trouvent au cœur de la création du spectacle, et du solo Mes désirs sont désordres, qui l’a précédé en 2018 et qui sera présenté virtuellement dans le cadre de la biennale Parcours Danse 2021, du 30 novembre au 3 décembre prochains. À force de tant les côtoyer en restauration, Pénélope Gromko a voulu se les réapproprier.

 

Même s’il est rare que la genèse des costumes précède la chorégraphie, c’est bien ce qui s’est passé ici. Conçus en 2020 à l’Atelier La Coulée du Bâtiment 7 avec Dannick Bélanger, un ami de la chorégraphe qui étudie alors en soudure, les costumes, fabriqués avec divers ustensiles de cuisine, constituent « un ancrage » essentiel du spectacle, puisqu’ils dictent le choix des mouvements et évoquent des personnages en eux-mêmes. « C’est devenu très fantaisiste, se souvient Pénélope Gromko à propos de leur création. On est rapidement tombés dans des éléments qui rappelaient des archétypes : la guerrière, la déesse, la superhéroïne. On touche au théâtral, qui fait vraiment partie de mon rapport à la danse. »

 

 

La chorégraphe se réjouit de la mouvance actuelle donnant la part belle aux antihéros et antihéroïnes, notamment au cinéma. « Je trouve ces paradoxes inspirants, et ils se retrouvent dans le spectacle. »

 

« Pouvoir faire quelque chose de beau avec des états aussi sombres, ça m’inspire beaucoup »

 

Tendre la main

 

La créatrice a profité de son passage en résidence à la Place des Arts pour mener diverses explorations avec les autres interprètes, notamment en ce qui concerne la voix et le mouvement. Si la trame du spectacle était déjà en place, elle a pu approfondir chacune des sections avec Silvia et Pamela. « Je voulais trouver l’essence de chaque partie et ses mouvements. » Les sept premiers jours de la résidence ont donc été consacrés à cette portion, alors que le dernier tiers a permis de montrer le projet à d’éventuels collaborateurs, collaboratrices et partenaires de diffusion. 

 

Ces partenariats permettraient de propulser la création vers la diffusion, ce que Pénélope Gromko souhaite pour la fin 2022 ou pour 2023.

 

D’ici là, la créatrice continuera de peaufiner Nos désirs sont des ordres, notamment en réalisant seule la version définitive des costumes. Le geste puissant de la soudure deviendra ainsi une corde supplémentaire à l’arc de sa féminité complexe.

 

 

Le programme L’Art en soi, dont l’existence est rendue possible grâce au soutien financier de la Fondation de la Place des Arts et ses partenaires, offre un appui aux artistes dans le but de faciliter la création et le déploiement d’œuvres originales. Les Résidences d’artistes procurent aux créateurs des conditions optimales d’exploration, d’expérimentation ou de production d’une œuvre, soit en salle de répétition ou de spectacle.

 

Crédit photo : Thibault Carron

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