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Laure Adler
Maryse Boyce - 30 janvier 2019

Laure Adler : dangers et vertus de l’art au féminin

En vue de sa participation à l’événement la Nuit des idées, à la Place des Arts ce jeudi 31 janvier, la journaliste, biographe et productrice française Laure Adler nous parle de ce que signifie être femme et artiste en 2019.

 

Chaque année en janvier, sur les cinq continents, la Nuit des idées rassemble des milliers de personnes qui discutent autour d’un thème commun. En 2018, ce sont 200 000 participants disséminés à travers 120 villes dans 70 pays qui ont célébré l’échange d’idées dans le cadre de cet événement nocturne.

 

Le thème retenu pour l’édition 2019 est « Face au présent ».

 

Pour une première année, la Place des Arts participe à cette frénésie nocturne et gratuite en proposant deux débats à l’Espace culturel Georges-Émile-Lapalme. Chacun rassemblera deux invités, l’un québécois, l’autre français. Réunies autour de la question « Qu’est-ce que signifie être femme et artiste aujourd’hui ? », l’auteure-compositrice-interprète, actrice et réalisatrice Ines Talbi et la férue de culture et de littérature Laure Adler échangeront leurs points de vue dans un échange qui promet d’être inspirant.

 

Pour entamer la réflexion, nous avons posé quelques questions à Laure Adler.

 

Vous avez fait paraître en octobre dernier le livre Les femmes artistes sont dangereuses, qui dresse un panorama des femmes artistes dans l’histoire, du 17e siècle à aujourd’hui. Avez-vous l’impression que de faire rimer femme et artiste en 2019 est toujours synonyme de danger ?

 

Oui, je pense que cette dangerosité continue. Elle continue par le fait qu’il n’y a pas beaucoup de femmes qui sont présentées dans les grandes expositions des musées en France, qu’il n’y a pas beaucoup de femmes qui voient leur travail présenté au public. Je crois que si elles ne sont pas assez exposées, c’est qu’elles restent perçues comme dangereuses.

 

Vous avez à cœur de rétablir la place qui revient aux femmes artistes dans l’histoire. Qu’est-ce qui vous motive le plus dans cette quête ?

 

Je pense que les œuvres des femmes peuvent toucher les hommes autant que les femmes, qu’elles ont une grande puissance artistique pour exprimer des choses fondamentales. Leur art peut nous apporter beaucoup. Il peut nous transformer.

 

Est-ce qu’il y a des luttes que les femmes doivent encore mener pour accéder au statut d’artiste ?

 

Aujourd’hui, parce qu’elles ont eu des prédécesseures illustres, c’est tout de même moins difficile. Le plus grand problème pour les jeunes femmes artistes est de croire en elles. Mais là où ça reste très difficile, c’est lorsqu’elles veulent en faire une carrière, surtout en arts visuels. D’abord parce qu’il y a 80 % d’hommes qui exposent en France pour à peine 20 % de femmes, alors qu’il y a autant de femmes artistes que d’hommes. D’autre part parce que même quand leur travail est exposé et qu’elles sont reconnues, leur cote sur le marché de l’art est 10 fois moins élevée que celle des hommes. Vivre de leur métier est très difficile pour les femmes artistes.

 

Souvent, les événements traitant d’enjeux féministes attirent principalement un public féminin. Que diriez-vous à la population masculine afin de la convier au débat de jeudi ?

 

Je crois que le genre féminin tout autant que le genre masculin peut atteindre à l’universel. Et je suis sûre que les hommes ont envie de voir les œuvres des femmes ! Je ne me fais aucun souci pour la faculté des hommes à découvrir le génie des femmes.

 

En écrivant votre dernier livre, y a-t-il des artistes qui vous ont touchée de manière particulière et qui vous habitent encore ?

 

Oui, je suis très touchée par des artistes vivantes qui sont aujourd’hui reconnues, par exemple Annette Messager et Sophie Calle, qui sont devenues des amies. J’ai eu la chance de rencontrer récemment une artiste d’origine portugaise, Paula Rego, qui vient d’exposer pour la première fois en France, au Musée de l’Orangerie, et qui me fascine. J’ai aussi eu la chance de visiter à New York il y a un mois l’atelier de Louise Bourgeois, qui est quelqu’un que je vénère. Et ces artistes ont des univers esthétiques très différents les uns des autres. Il y a aussi toute une jeune génération d’artistes qui commencent, et ça c’est tout à fait formidable.

 

Avez-vous un regard confiant envers l’avenir ?

 

Je suis très optimiste. Je pense que nous avons tous besoin des artistes femmes. Nous avons besoin d’elles pour enrichir notre vision du monde.

 

La Nuit des idées aura lieu le 31 janvier 2019, de 20 h 30 à 23 h, à l’Espace culturel Georges-Émile-Lapalme de la Place des Arts.


 

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