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Simon Boulerice : l’enfance à fleur de peau
Crédit photo : Camille Tellier
Crédit photo : Camille Tellier
Anne-Hélène Dupont - 21 janvier 2019

Simon Boulerice : l’enfance à fleur de peau

« La prolificité est parfois inévitable », écrivait Stephen King ; une phrase qui sied parfaitement à Simon Boulerice. Le comédien, danseur, metteur en scène et auteur a publié en dix ans plus de 40 livres. Il nous parle de son rapport à l’écriture, du spectacle musical Chante, Edmond !, dont il signe les textes, et nous révèle le thème de son prochain opus.

 

Vous écrivez pour les adultes, mais surtout pour les enfants et les adolescents. Pourquoi accorder autant d’importance au public jeunesse dans votre œuvre ? 

 

J’adore ce public. Et j’ai l’enfance à fleur de peau : je suis très connecté à la part d’émerveillement et de cruauté de cet âge. D’ailleurs, c’est souvent à l’enfant que j’étais que je m’adresse dans mes textes.

 

Étiez-vous un enfant exubérant, comme Edmond dans le spectacle ?

 

Comme lui, je chantais constamment dans la voiture, ce qui exaspérait mes parents et ma sœur. Mon père, un peu à la blague, me menaçait de me laisser au bord de la route si je n’arrêtais pas de chanter. Quand une chanson que j’aimais jouait à la radio, on aurait dit que mon père le sentait : il changeait de poste !

 

C’est donc votre source d’inspiration pour Chante, Edmond ! ?

 

L’élément déclencheur a été la lecture d’un fait divers : en 2016, au Japon, des parents ont abandonné leur fils au bord d’une route pour lui donner une leçon. Quand ils sont revenus, l’enfant avait disparu dans la forêt. Il a été retrouvé six jours plus tard sur une base militaire. Cette histoire m’a rappelé les peurs que mon père me faisait en voiture ; c’est devenu la matière de la pièce.

 

Mais la forêt où l’enfant se réfugie dans Chante, Edmond ! est une forêt accueillante, n’est-ce pas ?

 

Tout à fait ! C’est une forêt où l’enfant peut chanter autant qu’il le veut, où il peut être lui-même. Le message que je voulais livrer est un peu subversif, mais je crois qu’il est important : pour certains enfants, leurs parents ne sont pas le meilleur tremplin. Ici, l’élan vient des animaux. Ce sont eux qui permettent à l’enfant de s’épanouir.

 

Comment s’est déroulée la création du spectacle ?

 

Le texte est une commande de Pierre Labbé, dont j’admire beaucoup le travail avec sa compagnie de musique-théâtre, Sacré Tympan. J’ai mis mes idées et mon écriture au service de l’imaginaire formel de Pierre. Nous avons créé le spectacle en étroite collaboration. Nous mélangeons les genres musicaux — rock, jazz, pop, opéra — en fonction de l’ambiance, de l’émotion et de la personnalité de chaque personnage.

 

Êtes-vous un amateur de comédies musicales ?

 

Oui, j’ai un amour sincère pour ce genre. D’ailleurs, je trouve que le spectacle musical Belles-Sœurs, de René-Richard Cyr, est supérieur à l’original. Le texte de Michel Tremblay est très fort, mais les chansons de Daniel Bélanger magnifient le propos de ces femmes.

 

J’ai donc eu beaucoup de plaisir à écrire Chante, Edmond !, où tout est chanté. C’est d’ailleurs assez drôle d’entendre le père d’Edmond lui reprocher de chanter… en chantant lui-même !

 

Vous écrivez principalement des textes narratifs et des textes pour la scène. Qu’est-ce qui distingue ces deux formes d’écriture, pour vous ?

 

Michel Tremblay dit qu’il écrit du théâtre pour que ses mots soient criés sur une scène et des romans pour chuchoter à l’oreille du lecteur. Je trouve ça très juste. Mon écriture pour la scène est une prise de parole ostentatoire, presque féroce. Alors que dans mes romans, c’est la tendresse qui prend le dessus. J’ai aussi un rapport plus intime avec le lecteur d’un roman, alors que les arts de la scène sont collectifs, mus par l’action et la ferveur.

 

Quels thèmes vous habitent actuellement ?

 

Je crois que certains thèmes vont revenir dans toute mon œuvre ; la solitude et la singularité, en particulier. Mais pour le moment, le thème qui retient mon attention est le plagiat. Comme pour Chante, Edmond !, l’élément déclencheur a été la lecture d’un fait divers qui a résonné en moi : l’histoire d’une jeune femme qui a publié un roman entièrement copié depuis Internet. Elle a eu beaucoup de succès, alors elle est tombée de haut quand elle a été démasquée. Pour ma part, je ne suis pas allé aussi loin, mais j’ai quand même écrit mon premier roman à partir d’un texte que ma sœur avait jeté à la poubelle… Mais je suis encore à l’étape de la recherche. Je ne sais pas encore à quel public le texte sera destiné, ni si ce sera un roman ou une pièce !

 

Chante, Edmond ! sera présenté du 5 au 9 mars 2019 à la Cinquième Salle de la Place des Arts.

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