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Quand les orchestres symphoniques font éclater le cadre
Philippe Couture - 11 janvier 2019

Quand les orchestres symphoniques font éclater le cadre

Trames sonores de jeux vidéo interprétées en direct, collaborations entre des orchestres symphoniques et des artistes pop, ciné-concerts… La musique « classique » est plus accessible que jamais !

 

Septembre 2017. À la Maison symphonique, Dina Gilbert dirige un concert inusité de musiques de jeux vidéo. Elle s’est plongée dans ce répertoire foisonnant avec pour complice le compositeur Maxime Goulet. Sur l’écran immersif, des images d’Assassin’s Creed ou de Dungeon Hunter accompagnent l’Orchestre Métropolitain et entraînent les spectateurs dans le ventre de la création vidéoludique montréalaise, l’une des plus fécondes du monde entier. Le public, jeune et diversifié, en redemande.

 

Depuis le début des années 2000, les orchestres symphoniques à travers la planète multiplient les initiatives du genre. Ces ensembles se sont libérés d’un certain conservatisme du 20e siècle qui avait limité leur répertoire aux stricts canons classiques. Comme le dit la musicologue Laura Trottier dans un article du journal Le Fil de l’Université Laval, il s’agit en fait d’un retour à l’équilibre : « En consultant la littérature du 19e siècle, on voit une belle variété de concerts. […] Par la suite, les orchestres symphoniques sont devenus frileux à présenter de la musique populaire ou même des œuvres de compositeurs vivants. »

 

Cette époque est révolue. Nous voici à l’ère du « cross-over ». De Vancouver à Sydney, en passant par New York, Paris et Francfort, les orchestres symphoniques sautent à pieds joints dans la pop, le jazz, la chanson, les trames sonores de films, le hip-hop, alouette !

 

L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) est un grand adepte de ces pratiques. Après avoir a notamment mis en vedette le répertoire des Cowboys Fringants, de Half Moon Run et de Kevin Parent, il s’attaquera les 3 et 4 avril 2019 à celui de Michel Pagliaro et du 24 au 26 avril à l’œuvre d’Édith Piaf. L’Orchestre symphonique de Québec (OSQ) a fait de même avec entre autres Alex Nevsky et Roch Voisine, et prépare pour novembre 2019 deux concerts avec Diane Dufresne. L’Orchestre de l’Agora n’est pas en reste : sous la direction de Nicolas Ellis, il interprètera le 14 mars prochain des compositions de Philippe Brach à la Maison symphonique

 

Plusieurs producteurs présentent aussi des soirées de ciné-concert avec projections de films et interprétation en direct de la trame sonore. Après Le Seigneur des Anneaux en janvier 2019, on pourra prochainement voir dans cette formule le film Jurassic Park les 29 et 30 mars 2019, à la salle Wilfrid-Pelletier. Les adeptes de l’univers de J. K. Rowling se donnent quant à eux rendez-vous les 24 et 25 mai 2019 pour Harry Potter et l’Ordre du Phénix en concert.

 

Le dialogue entre la musique pour orchestre et les autres arts ne s’arrête pas là. À vrai dire, tous les mariages sont possibles. Ponctuer en musique les blagues d’un humoriste ? L’OSM l’a fait avec André Sauvé en mars 2018. Allier musique symphonique et littérature ? L’OSM s’est aussi prêté au jeu, accompagnant par exemple la narration par Laurent Paquin du conte Le diable en canot d’écorce.

 

Associer l’orchestre à des artistes de cirque ou de danse contemporaine ? La combinaison semble désormais naturelle. L’Ensemble Caprice a ainsi collaboré avec le chorégraphe Dave St-Pierre en 2015. Quant à l’OSQ, il a créé avec FLIP Fabrique le spectacle Le cirque donne vie à Petrouchka, tandis que l’OSM a conçu avec le Cirque Éloize un spectacle en plein air intitulé Shéhérazade.

 

Pourquoi ne pas marier musique et sport ? L’Orchestre symphonique de Laval l’ose, avec son concert Champion ! Hommage à Bruny Surin, qui aura lieu en février 2019. Les Montréalais gardent aussi un souvenir ému de Kent Nagano portant un chandail du Canadien pour diriger l’OSM dans le récit musical Les Glorieux, en 2008.

 

Quant au « geek » en vous, il sera heureux de savoir que l’Orchestre de jeux vidéo présentera le 2 février prochain le spectacle Évolution10 à la Maison symphonique. Ivan Linn dirigera quant à lui le 27 septembre, à la salle Wilfrid-Pelletier, 80 musiciens et une chorale qui interpréteront lAssassin’s Creed Symphony, accompagnés en images des moments forts de cette série de jeux marquante.

 

La musique classique se décloisonne… et c’est pour le mieux !

 

 

En trois clics

Un extrait du concert Symphonie du jeu vidéo de Montréal, dirigé par Dina Gilbert.

 

 

Un ciné-concert Star Wars, présenté à Lausanne par le 21st Century Symphony Orchestra de Lucerne.

 

 

Quand un orchestre se lance dans le hip-hop : Oxmo Puccino et l’Orchestre symphonique de Radio France, sous la direction de Dina Gilbert, interprètent « Mama Lova ».

 

 

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