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David Laurin et Jean-Simon Traversy
Philippe Couture - 15 juin 2018

Nouveau souffle au Théâtre Jean Duceppe

Pour succéder à Michel Dumont à la direction artistique, la compagnie Duceppe a osé nommer un duo de trentenaires qui déborde d’idées pour rajeunir cette institution et pour y proposer un théâtre toujours plus accessible. Rencontre avec Jean-Simon Traversy et David Laurin pour discuter de la saison 2018-2019.

 

Passionnés de théâtre américain aux textures réalistes, David Laurin et Jean-Simon Traversy sont acteurs, traducteurs et metteurs en scène. Habitués du Théâtre La Licorne, où ils ont développé au sein de leur compagnie LAB87 un art percutant, ils aiment les thrillers et les pièces tendues, dans lesquels des drames intimes touchent au social et au politique. Émotions fortes et acuité sociale sont leurs mots d’ordre.

 

« Je pense que notre intérêt pour ce genre de théâtre très social est en parfaite résonance avec la mission historique de Duceppe, dit David Laurin. Dans cette grande maison, on pourra continuer à s’intéresser aux dramaturgies américaines ancrées dans l’actualité la plus brûlante, tout en développant un théâtre populaire franchement accessible et en laissant une place aux grands classiques québécois et aux nouvelles écritures d’ici. »

 

Du théâtre qui fera débat

Le duo commence la saison par une pièce haletante portant sur le conflit israélo-palestinien, et propose pour la période de Noël un texte de Nina Raine sur le consentement sexuel. Deux choix forts, qui donnent le ton.

 

Oslo, de J. T. Rogers, raconte le conflit israélo-palestinien par des chemins décalés et passionnants. Les directeurs artistiques font ainsi une incursion dans un théâtre plus politique, qui prend toutefois les voies de l’intime. « C’est vraiment un thriller, dit David Laurin. Ça nous a beaucoup fait penser au théâtre de Beau Willimon, l’auteur de House of Cards. »

 

« Consentement, de Nina Raine, est un texte exceptionnel écrit avant le mouvement #moiaussi, mais qui en anticipait la vague, dit Jean-Simon Traversy. En comité de lecture, il a fait débat. Nous discutons de nos choix dans un comité intergénérationnel au sein duquel cette question du consentement a été perçue très différemment par chacun. Ça nous a convaincus du potentiel de cette pièce, qui ne laissera personne indifférent. »

 

Une nouvelle ère

Voilà ce que sera désormais le Théâtre Jean Duceppe : un lieu de théâtre grand public, branché sur notre époque, mais pas nécessairement consensuel ! « Nous restons tout de même fidèles à l’état d’esprit de Jean Duceppe, dit David Laurin. Il était audacieux. Il fallait avoir des couilles, dans les années 1970, pour proposer une toute nouvelle traduction québécoise de La mort d’un commis voyageur et bouder la traduction française. »

 

Chez Duceppe, depuis toujours, on carbure à l’émotion. Il n’en sera pas autrement dans cette nouvelle ère. Deux spectacles de la prochaine saison ont été programmés par l’ancien directeur Michel Dumont et promettent de grands moments d’émotion. Des souris et des hommes, dans une mise en scène de Vincent-Guillaume Otis, fera briller le comédien Benoît McGinnis, un prodige des planches. Plus tard, Jean-Simon Traversy reprendra sa mise en scène de la pièce Le terrier, qui raconte un deuil particulièrement douloureux.

 

Ce que le Québec a de mieux à offrir

Même s’ils adorent le théâtre états-unien et fréquentent beaucoup New York, David Laurin et Jean-Simon Traversy veulent accentuer leur rôle de valorisation du répertoire québécois. C’est dans cette optique qu’ils ont décidé de ramener à la scène un classique du répertoire de Robert Lepage, La face cachée de la lune, qui n’a pas été joué sur une scène montréalaise depuis le début des années 2000. Ils offrent aussi le grand plateau de Duceppe à la comédienne Christine Beaulieu qui pourra offrir à un très vaste public son spectacle documentaire acclamé, J’aime Hydro.

 

« Pour nous, ajoute Jean-Simon Traversy, c’est important de donner accès à la grande scène de Duceppe à des artistes qui n’y ont pas souvent rêvé et créé. Nous voulons permettre à de jeunes auteurs et à de jeunes metteurs en scène de projeter leur imaginaire dans cette ampleur. Nos auteurs en résidence, François Archambault et Nathalie Doummar, auront par exemple trois années pour imaginer des pièces pour cette vaste scène. En théâtre québécois, ces opportunités ne se présentent pas si souvent aux auteurs. »

 

Un nouveau monde de possibles s’ouvre donc chez Duceppe. Soyons tous au rendez-vous.

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