Carte blanche colorée par
Anne-Hélène Dupont - 25 novembre 2019

Monique Giroux : toutes les couleurs de la chanson francophone

Six artistes qui nous entraînent dans leur constellation musicale, six soirées foisonnantes de découvertes et de souvenirs à partager dans l’écrin de la Cinquième Salle : voilà la proposition que l’animatrice de radio et directrice artistique Monique Giroux a imaginée avec la série de spectacles « Carte blanche colorée par… », qu’elle a concoctée pour la Place des Arts. Cette grande amoureuse de la chanson d’expression française nous en parle.

 

Comment est né le projet de « Carte blanche colorée par… » ?

 

C’est Clothilde Cardinal [la directrice de la programmation de la Place des Arts] qui m’a confié ce mandat. Elle m’a dit : « Il y a six spectacles à organiser. En gros, tu fais ce que tu veux, tant qu’on met la chanson francophone de l’avant. » Donc j’avais carte blanche. Il fallait en profiter! Alors j’ai mis à profit mon bottin de téléphone bien garni pour entrer directement en contact avec des artistes talentueux et originaux avec qui j’avais envie de travailler.

 

Les six artistes à qui vous avez confié un spectacle ont des profils et des styles musicaux bien différents les uns des autres. Comment les avez-vous choisis?

 

C’était important pour moi de concevoir des soirées inédites qui seraient plus que de simples récitals. J’ai donc fait appel à des artistes audacieux, qui sont particulièrement habiles à tisser des liens et à expliquer [leurs choix].

 

Parce que j’ai donné à chacun d’eux des devoirs! C’est comme un jeu de piste. Ils doivent inviter un artiste émergent qu’ils veulent faire découvrir au public et un artiste bien connu qui est un ami ou qu’ils admirent. Je leur ai aussi demandé de convier quelqu’un de leur entourage, connu ou pas; ça peut être leur mère, le boulanger, peu importe : quelqu’un qui a une belle voix et qui rêve de faire de la scène. On demande à cette personne de lire un texte de chanson. Retirer la musique d’une chanson, c’est très particulier, mais ça confirme la force d’un texte. C’est aussi une occasion de donner la parole à des talents formidables qu’on ne connaîtrait pas autrement. Je leur demande également d’inviter un artiste néo-québécois ou autochtone. C’est une belle occasion de mieux les faire connaître. Tout ça, autour de six artistes qu’on adore.

 

Je vois ce concept de spectacle comme un cahier à colorier — ça l’a été pour moi [dans le choix des artistes] et ça l’est pour les artistes eux-mêmes.

 

C’est donc une série de spectacles axée sur le plaisir de la découverte…

 

Oui, absolument, mais portée aussi par l’artiste qui le pivot de chaque spectacle : Émile Proulx-Cloutier, Catherine Major, Beyries, Marie-Élaine Thibert, Samian, Daniel Boucher. Ils ont beaucoup de talent, beaucoup d’audace et, je dois le dire, ils ont accepté mon invitation spontanément. Je pense que c’est un exercice très stimulant pour eux.

 

Certaines catégories que vous avez imposées aux artistes sont particulièrement intrigantes, comme la « chanson jalousie » et la « chanson 33 tours ». Qu’est-ce que c’est?

 

Tous les artistes ont une œuvre qui leur fait dire « Ah, pourquoi c’est pas moi qui en ai eu l’idée! », une chanson qu’ils auraient tellement voulu créer eux-mêmes; c’est le concept de la « chanson jalousie ».

 

J’emprunte à Vincent Delerm l’idée la chanson 33 tours. Un jour, en entrevue, il m’a raconté que Gilles Vigneault était très ami avec son père, l’écrivain Philippe Delerm. Gilles Vigneault le faisait sauter sur ses genoux quand il était enfant, mais en même temps, il l’effrayait… Alors je me suis arrangée pour que Gilles Vigneault vienne à son spectacle, ici au théâtre Maisonneuve, et je l’ai annoncé à Vincent Delerm.

 

Donc le soir venu, le spectacle se déroule très bien, mais sans allusion à Gilles. Sauf qu’à la toute fin, après les ovations et les rappels, Vincent Delerm revient sur la scène avec entre les mains un disque 33 tours de Gilles Vigneault. Il raconte l’anecdote tirée de son enfance, annonce que Vigneault est dans la salle et dit : « Si vous voulez bien, pour lui rendre hommage, on va écouter la chanson Quand vous mourrez de nos amours, qui est un pur chef-d’œuvre et qui a bouleversé ma vie ». Ça été un moment magique. D’où l’idée de demander à chacun des six artistes de la série d’apporter un vinyle qui les a marqués, pour l’écouter tous ensemble.

 

Je leur demande aussi de choisir un moment de chanson à la télé qui les a touchés. On pense évidemment à Ginette Reno sur le mont Royal, à des fêtes de la Saint-Jean… Mais il y aura certainement toutes sortes de chose qui vont ressortir. On va projeter cette archive et la redécouvrir ensemble.

 

Au terme de cette série de six spectacles, qu’est-ce qui vous fera dire « mission accomplie »?

 

Qu’en mai 2020, lorsque la série sera terminée, le public nous demande : « Allez-vous recommencer l’automne prochain »? J’espère aussi revivre le plaisir que j’ai eu avec le Cabaret des refrains et avec ma série de « cartes blanches » à L’Astral… Au fond, je veux surtout nous faire passer du bon temps. La vie est courte, on ne sait pas où s’en va la planète, alors aussi bien en profiter maintenant!

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