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Mélissa Lavergne : la passion des tambours japonais
Christine Lavoie-Gagnon - 19 février 2019

Mélissa Lavergne : la passion des tambours japonais

La percussionniste Mélissa Lavergne est une passionnée des tambours, et part à leur rencontre aux quatre coins de la planète. Cette année, elle a réalisé un rêve qu’elle chérissait depuis longtemps : suivre un mois complet d’entraînement de taiko au Japon. Elle partage avec nous cette expérience qui a complètement changé sa façon de jouer.

 

Qu’est-ce qui vous a attirée vers les taiko ?

 

J’ai été porte-parole du Festival international des percussions de Longueuil et, une année, le thème portait sur le Japon. J’ai été mise en contact direct avec les taiko japonais, entre autres grâce au groupe québécois Arashi Daiko et à des percussionnistes venus directement du Japon. J’ai ressenti un déclic, une nouvelle porte s’est ouverte ! Je me devais de découvrir cette culture, qui semblait tellement loin de mon quotidien.

 

Depuis 15 ans, je fais chaque année ce que j’appelle un « voyage d’études » dans un nouveau pays, pour comprendre différemment la musique, sur les lieux. C’est toujours très enrichissant, voire transformateur. À Noël dernier, j’ai vu passer un message sur Twitter qui disait simplement : « Mon avion pour Tokyo est retardé. » J’ai soudainement pris conscience que je pouvais y aller moi aussi. J’ai donc recontacté Jean-François Gravel, un membre d’Arashi Daiko, qui m’a fait une longue liste de recommandations.

 

Quelle était votre perception des taiko avant de partir pour le Japon ?

 

D’un point de vue musical, le taiko n’est pas différent des autres types de tambours. Ils parlent tous le même langage. Toutefois, je m’étais imaginé partir pour un centre d’entraînement dans une campagne éloignée de la région de Kyoto ou sur une petite île comme celle où s’exerce la troupe Kodo. Or, les meilleurs endroits pour suivre un tel stage étaient en plein cœur de Tokyo ! J’ai donc été invitée à me joindre à la troupe Amanojaku, située près d’Ikebukuro, un des centres les plus achalandés de la capitale japonaise.

 

 

Dans quel contexte avez-vous fait votre entraînement ? Avez-vous fait l’expérience de la vie presque recluse que vivent les membres des troupes professionnelles de taiko ?

 

À Tokyo, les troupes de taiko sont un peu moins spartiates dans leur entraînement. La plupart des gens doivent travailler en parallèle pour survivre, alors je n’ai pas connu la vie monastique façon Kodo ou Drum Tao. De plus, comme je n’étais là que pour un mois, j’ai eu droit à un traitement un peu spécial. J’avais toujours une bonne main sur l’épaule pour m’accompagner dans mes tâches d’apprentie.

 

Cela dit, étant la petite nouvelle, je devais tout de même être la première sur place et préparer les instruments. Je m’entraînais un jour sur deux, en combinant des séances en groupe avec les étudiants et d’autres avec les professionnels, en plus de cours privés. Je complétais la plupart du temps mes journées par l’étude, en écoutant jouer les membres de la troupe, par exemple.

 

Qu’elle a été votre plus grande difficulté ?

 

Du côté musical, je n’étais pas perdue. La particularité du taiko, c’est la technique. On doit en jouer avec tout le corps et de toute son âme, et les baguettes sont très grosses et difficiles à manier. Les gens se félicitent entre eux lorsqu’ils ont des ampoules : c’est la preuve qu’ils travaillent bien !

 

C’est un mélange d’art martial et d’art de la scène, dans lequel il faut vivre le moment présent, en totalité, et qui demande un réel engagement.

 

Même si je suis très en forme, j’ai vite rencontré mes limites physiques. Le premier jour d’entraînement, j’ai essayé le o-daiko, le grand tambour si représentatif des taiko japonais. Je n’ai pas réussi à faire la séance au complet. Je ne suis pas très orgueilleuse, mais ça m’a laissé un goût amer. Traverser une séance de o-daiko est devenu mon moteur, ma source de motivation tout au long du séjour. Au dernier cours, lorsqu’on m’a demandé quel tambour je désirais, j’ai choisi le o-daiko, au grand étonnement de tous, et j’ai réussi à passer au travers des trois heures d’entraînement !

 

De façon générale, j’ai reçu beaucoup de soutien. On m’a beaucoup corrigée, guidée. Je vivais une grande frustration à l’extérieur des cours à cause de la barrière de la langue, mais j’ai ressenti beaucoup de respect, des liens très forts entre les musiciens. Les gens y dévouent leur vie entière. D’ailleurs, tous étaient célibataires. À part le travail, il n’y avait que le taiko.

 

Comment percevez-vous le taiko après cette expérience ?

 

C’est l’art le plus complet auquel j’ai touché. C’est un mélange d’art martial et d’art de la scène, dans lequel il faut vivre le moment présent, en totalité, et qui demande un réel engagement. Jouer du taiko dans un groupe de 11 musiciens est une expérience unique, que je recommanderais à tout le monde. C’est une transe : même si on n’a plus d’énergie, on en redonne encore plus, on fait un don de soi par la musique.

 

Le taiko a changé ma vie, changé ma façon de jouer.

 

Le taiko a changé ma vie, changé ma façon de jouer. J’essaie d’ajouter des taiko dans mon travail, et je suis très heureuse qu’on me donne parfois l’occasion d’en jouer, comme lors de l’hommage à Luc Plamondon, en juin 2018. Je ne peux malheureusement pas me permettre de m’y engager à temps plein, mais j’intègre désormais l’approche totale du taiko, à la fois physique et mentale, avec tous mes instruments.

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