Défilé du Père Noël

Veuillez noter que le samedi 18 novembre, la circulation autour de la Place des Arts sera perturbée entre 10h et 14h en raison du Défilé du Père Noël.

Lucas Debargue
Crédit photo : Felix Broede/Sony Classical
Crédit photo : Felix Broede/Sony Classical
Patrick Pierra - 6 novembre 2017

Lucas Debargue, le pianiste de l’émotion brute

Événement musical : Montréal accueille pour la première fois le pianiste phénomène Lucas Debargue, nouvelle vedette internationale du clavier.

 

À 27 ans, Lucas Debargue est considéré comme un des pianistes les plus doués de sa génération. La presse et les autres musiciens ne tarissent pas d’éloges : « génie », « miraculeux », « phénomène pianistique », « incroyablement doué », « aussi passionnant qu’atypique ».

 

Ces témoignages reconnaissent en Lucas Debargue un virtuose, mais plus encore un véritable artiste de l’interprétation. Dans le monde conventionnel de la musique classique, il est comme un diamant brut. Il vit intensément sur scène les émotions que lui inspire sa musique. Instinctivement, le public perçoit l’authenticité de l’expérience, et s’émeut à son tour. Entendre Lucas Debargue en concert ne laisse personne indifférent.

 

Le pianiste français était pourtant un parfait inconnu il y a quelques années encore. C’est seulement en 2015, au prestigieux concours international Tchaïkovski à Moscou, qu’il révèle son formidable talent. Ce concours, qui se tient tous les quatre ans, Lucas Debargue ne le gagne pas : il arrive « seulement » quatrième au piano. Mais plusieurs critiques le considèrent comme le véritable vainqueur tellement ses prestations soulèvent l’enthousiasme du public moscovite.

 

Fait rarissime, le chef d’orchestre Valery Gergiev, coprésident du comité organisateur, sort de sa réserve pour l’applaudir chaleureusement. Après sa prestation de Gaspard de la nuit, de Ravel, c’est une ovation debout qui remercie Lucas Debargue. (Gaspard de la nuit sera d’ailleurs au menu de son concert à Montréal, le 9 décembre prochain à la Place des Arts.)

 

L’ovation dure un quart d’heure, obligeant la direction du Conservatoire de Moscou à éteindre les lumières pour calmer l’enthousiasme des spectateurs ! Dans les jours suivants, Lucas Debargue enflamme les médias sociaux russes et reçoit les éloges des critiques. Le magazine anglais The Spectator salue son « interprétation extraordinaire ». Le Telegraph de Londres loue « son talent artistique, son originalité, sa totale concentration sur le son plutôt que sur la technique ».

 

Le pianiste gagne le Prix spécial de la critique musicale de Moscou, et Gergiev l’invite à jouer au gala de clôture du concours – un honneur habituellement réservé aux médaillés d’or.

Son parcours original lui donne un son unique

Lucas Debargue arrive ainsi, dans la mi-vingtaine, comme un OVNI dans les hautes sphères de la musique, à l’âge où d’autres virtuoses sont déjà des vedettes confirmées. C’est que le jeune pianiste français ne correspond en rien au profil traditionnel du jeune prodige.

 

La musique classique, Lucas Debargue ne la découvre qu’à l’âge de 9 ou 10 ans, en entendant un concerto de Mozart. « Vous ne pouvez pas imaginer ce que j’ai éprouvé à ce moment-là, dit-il à France Musique. C’était comme si j’avais 250 ans, 1 000 ans ou que je venais de naître. C’était une sensation d’éternité brusque, de savoir, de comprendre ce que cette musique dit, comment elle parle de l’amour, du paradis, d’une très grande douleur, d’un état de mélancolie extrêmement tendu. J’étais violemment ému. »

 

Il a déjà 11 ans lorsqu’il suit ses premiers cours de piano. Refusant de se plier aux exigences de la technique, il met à rude épreuve la patience de sa professeure. « Elle insistait sur la nécessité de jouer avec le poids, de détendre le poignet, d’avoir des doigtés systématiques dans les gammes, mais je ne l’écoutais absolument pas ! », raconte Lucas Debargue au site Parlons piano.

 

Son apprentissage de la musique est beaucoup plus personnel. « Je passais des heures sur Internet à télécharger des choses, à les apprendre, à les jouer d’oreille. J’étais totalement fou de musique classique… et j’étais dominé par le besoin de trouver un moyen d’extérioriser ma vie intérieure. »

 

Même s’il continue ses leçons, le cœur n’y est pas. Alors, à 16 ans, fini le piano. Pendant trois ans, il ne touche pratiquement pas un clavier. Il joue plutôt de la basse, dans un groupe rock, en travaillant à mi-temps dans un supermarché. Lucas Debargue étudie en littérature. Lorsqu’il reprend le piano, c’est pour improviser du jazz, lors de soirées entre amis.

 

Mais après l’avoir entendu jouer sur scène lors d’une fête de la musique, un ami, frappé par son talent, l’encourage à reprendre l’étude du piano. D’abord hésitant, Lucas Debargue finit par s’inscrire au conservatoire. Il a déjà 21 ans lorsque la pianiste russe Rena Cherechevskaïa le prend sous son aile pour lui donner une formation plus académique.

 

Mais s’il accepte d’améliorer sa technique, il refuse de s’enchaîner à son piano durant des jours pour la parfaire. « Lorsque j’ai besoin de beaucoup travailler, ce n’est pas très bon signe : cela signifie que je me sens très mal dans mon environnement, dit-il à France Musique. Plus on travaille musicalement, plus on perd le sens de l’œuvre. »

 

Bien sûr, Debargue travaille quand même, mais à sa façon, en écoutant son cœur et en réveillant ses souvenirs. Ce pianiste n’a décidément qu’un seul maître : la musique.

 

Le public montréalais pourra découvrir Lucas Debargue, pianiste poète, passionné et passionnant, le samedi 9 décembre à 20 h à la Maison symphonique.