Les chants de la terre (1963)
Nicolas Mavrikakis - 16 janvier 2018

Les chants de la terre (1963) - Anne Kahane

Credit photo : Caroline Bergeron

 

L’histoire de l’art fut avant tout une histoire masculine. Et dans l’histoire de la sculpture, les femmes furent encore plus rares. L’historien de l’art Serge Fisette, dans son livre La sculpture et le vent. Femmes sculpteures au Québec, explique que : « les manuels d’Histoire de l’art […] ont longtemps présenté la sculpture comme une affaire d’homme : la lourdeur des masses à manipuler, la résistance des matériaux tels que le marbre ou la pierre, et le maniement du maillet requérant apparemment une force toute virile. » Au Québec on a donc surtout valorisé des hommes sculpteurs comme Archambault, Comtois, Daudelin, Roussil ou Vaillancourt… Pourtant, des sculpteures comme Suzanne Guité, Yvette Bisson ou Anne Kahane ont su prendre leur place.

 

On a souvent souligné l’intérêt d’Anne Kahane pour des scènes de la vie quotidienne ou pour des petits sujets anecdotiques. Ses titres en seraient de bonnes démonstrations : Au vernissage, The Gossip, Waiting Group, Ball Game, Soccer Player, Monday Wash, On the Beach… Pourtant Kahane n’a pas hésité à créer des œuvres monumentales abordant de sujets bien plus complexes traitant de questions existentielles. Souvent, elle montre des foules composées de personnages qui semblent malgré tout isolés, sans visage, anonymes donc, dans des poses qui évoquent le fait qu’ils sont affligés par leur condition humaine.

 

« La joie profonde des gens qui ont atteint la paix intérieure »

 

Pour la Place des Arts, Kahane a décidé de se référer à l’opéra Le chant de la terre (1908) de son compositeur favori, l’Autrichien Gustav Mahler. Bien des spécialistes y ont vu un testament musical réalisé après la mort d’une des filles du symphoniste et alors qu’il sait que le mort approche. Même si cette composition parle de la dureté de la vie, de la solitude, de l’évanescence de toutes choses, Kahane a voulu transposer dans cette œuvre ce qu’elle avait ressenti en l’écoutant, soit « la joie profonde des gens qui ont atteint la paix intérieure ». Dans cette sculpture en bois d’acajou où les personnages semblent presque fantomatiques, Kahane, à l’instar de Mahler, nous parle de la consolation que nous pouvons trouver dans la conscience que la beauté du monde perdure après notre mort. 

 

Les chants de la terre (1963)
Anne Kahane (1924- )
Don de R. Fraser Elliott
Salle Wilfrid-Pelletier

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