Le formidable périple de La Renarde
Crédit photo : Eric Carrière
Crédit photo : Eric Carrière
Philippe Couture - 4 juin 2019

Le formidable périple de La Renarde

Depuis un an, elles livrent de subtiles réinterprétations des mots poétiques et des mélodies puissantes de Pauline Julien. Les 11 interprètes du spectacle La Renarde : sur les traces de Pauline Julien célèbrent aux Francos 2019 une année de concerts émouvants et sont de retour à Montréal pour un dernier tour de piste, pour le plaisir des mélomanes.

 

Quand le piano fait entendre les premières notes de Mommy, les spectateurs frissonnent. C’est Ines Talbi, idéatrice et metteure en scène de ce spectacle hommage à celle que l’on surnommait « la Renarde », qui a l’honneur d’interpréter les paroles tragiques de cette chanson annonciatrice d’un triste présage linguistique.

 

Derrière elle, les 11 autres interprètes veillent sur elle comme une communauté se serrant les coudes devant l’adversité. Chacune pourra ensuite chanter une ou deux chansons de Pauline, y imprimant leur propre sensibilité, dans un spectacle qui est à la fois une forte prise de parole et un grand moment d’émotion. De France Castel et Louise Latraverse, qui ont connu Pauline Julien, jusqu’à Fanny Bloom et Amélie Mandeville, qui l’ont découverte en travaillant sur ce spectacle, toutes se font les porte-voix d’une auteure-compositrice-interprète comme il ne s’en fait plus : entière, tragique, engagée, amoureuse.

Un franc succès

 

Né aux Francos 2018, le spectacle La Renarde a connu au cours des 12 derniers mois un vif succès. Après avoir fait salle comble au théâtre Maisonneuve l’été dernier, la troupe a bourlingué de ville en ville à la rencontre d’un public chaque fois transporté. « De nombreux spectateurs ont pleuré dans mes bras au cours de cette tournée, dit Ines Talbi. Spontanément, après le spectacle, ils viennent me raconter ce que leur inspire Pauline et me remercier de faire revivre sa parole. Entendre à nouveau des chansons comme Mommy et Le plus beau voyage, ça ouvre les vannes. »

 

La metteure en scène, chanteuse et comédienne se souvient avec émotion de la représentation de Trois-Rivières, la ville d’origine de Pauline Julien. Une soirée magique devant de nombreux membres de sa famille et amis. « Mais partout, les gens venaient nous raconter des anecdotes très personnelles sur Pauline, ajoute-t-elle. C’est comme si elle était amie avec tout le monde. Ça m’a fascinée. Elle avait un contact exceptionnel avec le public. La faire revivre sur scène nous permet de goûter un peu à cette proximité. »

La femme de mots et de passion

 

Pauline Julien était une chanteuse à la voix puissante, certes, mais c’était surtout une poétesse et une femme de mots. C’était une battante, une militante indépendantiste qui voulait faire du Québec un pays parce qu’elle « aimait profondément rassembler et aller à la rencontre de l’autre », comme le dit Ines Talbi. Toutes ces facettes du personnage se croisent dans La Renarde et résonnent avec une étonnante pertinence dans le Québec d’aujourd’hui.

 

La critique, bercée par ce concert hors-norme, y a vu un spectacle de l’ici-maintenant où, comme l’a écrit Sylvain Cormier dans Le Devoir, « on découvre tout au présent ». Rarement un spectacle hommage a-t-il été « à ce point collectif », ajoute le critique.

 

D’autres, comme Normand Provencher dans Le Soleil, ont applaudi ce qu’il est bien convenu d’appeler une « célébration » plutôt qu’un « hommage ». Une occasion de « revisiter de façon originale » une œuvre engagée, écrivait-il. Aucune voix critique vraiment discordante : tous ont salué les relectures inspirées d’Erika Angell, Émilie Bibeau, Isabelle Blais, Fanny Bloom, Sophie Cadieux, France Castel, Frannie Holder, Queen Ka, Louise Latraverse, Amélie Mandeville et Ines Talbi.

Un album délicat

 

En cours de route, La Renarde a fait naître un album, objet de collection qui pourra, comme le souhaite Ines Talbi, « marquer ce projet d’une pierre blanche et le faire traverser le temps ». Loin de se contenter de reprendre telles quelles les versions du spectacle, l’album réalisé par Martin Léon en offre des versions plus introspectives, plus délicates, dans une volonté de donner à la parole de Pauline Julien un style qui colle mieux à notre époque.

 

« Enregistrer cet album a été un travail tout en dentelle, se souvient Ines Talbi. On a respecté chacun des mots de Pauline, mais on a voulu réduire la part d’émotion scandée, pour tenter de s’approcher du mot, pour mieux comprendre ce qui est dit. »

 

Des milliers d’écoutes plus tard, les artistes qui ont chanté L’âme à la tendresseLe plus beau voyage et L’étranger peuvent dire mission accomplie.

 

 

La Renarde : sur les traces de Pauline Julien sera présenté le 15 juin à la Maison Symphonique, dans le cadre des Francos de Montréal 2019. 

 

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