L’Hommage à Gaudí (1963)
Nicolas Mavrikakis - 22 janvier 2018

L’Hommage à Gaudí (1963) - Jordi Bonet

Credit photo : Caroline Bergeron

 

La surprise était certainement au rendez-vous quand, en septembre 1963, le visiteur accueilli à l’inauguration d’une très moderne Place des Arts, inspirée du tout nouveau Lincoln Center de New York, se trouvait finalement à s’engouffrer sous ces lourds tympans aux allures primitives afin d’accéder à la Salle Wilfrid-Pelletier.

 

La présence très physique de ces huit hauts-reliefs de céramique, pesant chacun 360 kg, ajoutait certes au côté solennel de l’espace. Mais l’aspect primitif de la céramique et des motifs, qui font penser entre autres à de l’art précolombien, donnait surtout le sentiment d’un retour vers des temps immémoriaux. Comme l’explique l’historienne de l’art Susan Surette, ces panneaux évoquent aussi « les grottes et les peintures des cavernes » et invoquent une histoire très ancienne de la performance théâtrale, ainsi que « son potentiel transformatif mystérieux », presque magique.  Dans cette œuvre, Bonet parle d’amour et de fécondité non pas d’une manière joyeuse ou lyrique, mais plutôt en renouant avec quelques profonds rituels ancestraux et païens.

 

Ces panneaux évoquent aussi « les grottes et les peintures des cavernes ».

 

Lorsqu’il crée cet Hommage à Gaudí, Bonet est un jeune artiste d’origine catalane installé au Québec depuis neuf ans et qui depuis 1958 est très en vogue, réalisant de nombreuses murales aux allures archaïques. L’année 1962 fut particulièrement faste : Pavillon des sciences de l’Université Laval à Québec, Église Christ-Roi à Moncton, bâtiment de Bell Canada à Ottawa, cégep du Vieux-Montréal... C’est dans ce contexte qu’il élabore ces murales en céramique s’inspirant très librement de l’architecte Antonio Gaudi, lui aussi catalan.

 

Credit photo : Caroline Bergeron

 

Lorsqu’il réalisa ces tympans, Bonet n’avait pas encore défrayé la chronique avec son œuvre pour le Grand Théâtre de Québec. En 1971, la présence d’une phrase du poète Claude Péloquin – « Vous êtes pas écœurés de mourir bande de caves? » – inscrite dans une murale de béton, déclenchera une vive polémique… Roger Lemelin, auteur du roman Les Plouffe, lancera même une pétition afin que cette invective soit retirée. Néanmoins, dans les années soixante, les œuvres de Bonet traitaient déjà de la naissance et de la mort, mais aussi de rituels qui, comme la création artistique, défient le néant.

 

L’Hommage à Gaudí (1963)
Jordi Bonet (1932-1979)
Oeuvre offerte par M. Samuel et Mme Saidye Bronfman

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