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En résidence - Rhodnie Désir
Crédit photo : Thibault Carron / De gauche à droite : Yvan Cedrick Essingone, Rhodnie Désir, Jason Promesse, Cécile Doo-Kingué et Moe Clark
Crédit photo : Thibault Carron / De gauche à droite : Yvan Cedrick Essingone, Rhodnie Désir, Jason Promesse, Cécile Doo-Kingué et Moe Clark
Maryse Boyce - 24 février 2021

En résidence - Rhodnie Désir : Quand l’histoire passe par le corps

Allier danse et recherche anthropologique pour mettre en lumière les parcours liés à l’esclavagisme : ainsi peut-on résumer la démarche du BOW’T TRAIL Tio’tia:ke / Montréal de Rhodnie Désir.

Après avoir exploré sous cet angle l’histoire d’Haïti, du Brésil, de La Nouvelle-Orléans, de la Nouvelle-Écosse, du Mexique et de la Martinique, la chorégraphe a passé tout le mois de janvier à déterrer celle de Montréal lors de sa résidence à la Place des Arts.

 

Nous avons profité de la fin de son passage en nos murs pour discuter de la création de BOW’T TRAIL Tio’tia:ke / Montréal (#BTiotiake).

 


Sur la photo : Rhodnie Désir

 

La douloureuse excavation du chez-soi

 

« Pour moi, après BOW'T TRAIL Retrospek, je m’arrêtais, évoque Rhodnie Désir à propos de cette huitième mouture du projet, présenté à Espace Libre en février 2020. C’était pour moi la fin du parcours. »

 

Pourtant, la quête se poursuit avec une nouvelle escale : un retour à la maison. Ce n’est pas anodin que celui-ci survienne alors que l’artiste, nouvellement récipiendaire du Grand Prix de la danse de Montréal, est en pleine possession de ses moyens. « C’est confrontant de venir excaver là où l’on vit, et de réaliser que je ne connaissais pas grand-chose en fin de compte », dit-elle.

 

Cette exploration du passé a été rattrapée par l’actualité pendant la création, avec l’affaire Mamadi Camara. « C’est venu bousculer mon processus : je ne peux pas me fermer les yeux, au contraire, donc le passé et le présent ont vraiment convergé. »

 


De gauche à droite sur la photoRhodnie Désir et Jason Promesse

 

Réécrire le hasard des rencontres

 

Si la pandémie n’a pas empêché Rhodnie Désir de briller, notamment avec une reconnaissance académique sous la forme d’une charge de cours au département de danse de l’UQÀM, la situation sanitaire a injecté une importante dose de défis au déroulement de sa résidence.

 

« Le fondement du BOW’T TRAIL Tio’tia:ke / Montréal, c’est la rencontre », admet Mme Désir, ajoutant avoir dû trouver une nouvelle façon de provoquer le hasard, central dans son processus de sélection des intervenants. « J’ai dû me déprogrammer des personnes que je connais et me dire : “Il faut que quelqu’un m’amène jusqu’à cette personne-là, sinon je ne la contacte pas.” »

 

Les incertitudes quant aux contraintes liées à la zone rouge ont également insufflé une urgence dans la création, alors que chaque jour pouvait être le dernier. La joie de créer entourée de son noyau dur de collaborateurs a ainsi été décuplée. « C’était aussi réconfortant de réaliser que la Place des Arts accepte ce genre de projet, qui ose dire les choses, qui excave cette mémoire avec authenticité. »

 


Sur la photo : Rhodnie Désir

 

Au cœur de l’action suspendue

 

Rhodnie Désir a tout de suite vu d’un bon œil le fait que la résidence se déploie non seulement en face du Quartier général de la police et dans le berceau du jazz, mais plus spécifiquement au troisième sous-sol du complexe culturel, alors qu’elle excavait le passé de la métropole. « Ça m’a forcée à vraiment entrer à l’intérieur de moi-même. »

 

Cette bulle de création a également permis de décupler l’efficacité de la rencontre entre la chorégraphe et ses collaborateurs : « Sur quatre heures de répétition, par exemple, trois heures et demie servaient à la conversation, mais le moment où je me levais de ma chaise pour danser (et les musiciens pour jouer), c’était le bon. »

 


De gauche à droite sur la photo : Cécile Doo-Kingué, Moe Clark, Jason Promesse et Rhodnie Désir

 

Laisser décanter avant de diffuser

 

Pour une première fois dans l’histoire du BOW'T TRAIL, la diffusion immédiate devant public ne constitue pas le point d’orgue de l’exigeant parcours créatif de 30 jours. Un défi pour Rhodnie Désir, qui doit composer avec la charge émotive des témoignages qu’elle a reçu sans pouvoir immédiatement la partager. « Je dois trouver la façon de ne pas mettre en boucle dans ma tête ces situations-là, de mettre ça dans une boîte le temps que je réussisse à les livrer à vous, chers citoyens. »

 


 

La Place des Arts soutient la création pendant la pandémie

 

Alors que ses espaces de diffusion sont toujours fermés au public, la Place des Arts a voulu mettre à profit ses locaux afin d’appuyer les artistes dans leur création. Elle a donc lancé un appel à projets pour des résidences dans ses salles de répétition, normalement occupées par les projets qui seront présentés en son sein.

 

« Nous avons reçu à ce jour plus de 80 dossiers, et cela continue, se réjouit Clothilde Cardinal, directrice de la programmation à la Place des Arts. L’adhésion de la part du milieu est grande. »

 

D’ici le 3 avril, 8 projets se développeront dans le cadre de ces résidences, tous portés par des artistes femmes, dont certaines issues de la diversité. « C’est notre contribution à la création, dans les petits gestes qu’on peut faire comme ces résidences, qui en fin de compte ont beaucoup de poids pour les artistes. »

 

L’équipe de la Place des Arts souhaite soutenir la création avec tous les moyens qui sont à sa disposition, et ce, autant pendant les restrictions sanitaires que lorsque la reprise sera possible. « Notre désir le plus vif, c’est de participer à la relance, affirme Clothilde Cardinal. Il faudra se montrer extrêmement solidaires pour permettre à nos artistes de traverser cette crise. »

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