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En résidence – Thierry Huard entre l’amour et la violence
Crédit photo : Thibault Carron
Crédit photo : Thibault Carron
Philippe Couture - 21 octobre 2021

En résidence – Thierry Huard entre l’amour et la violence

En résidence au studio G de la Place des Arts, le chorégraphe et plasticien Thierry Huard crée l’installation-performance Les liens et invente un univers intimiste dans lequel deux hommes testent les limites de leur relation. Par moments enserrés par des cordages dont ils se délestent peu à peu, ils s’enrobent aussi d’une installation sonore et vidéographique qui agit comme un cocon. Entre vulnérabilité et inconfort, l’artiste scrute les interrelations humaines au microscope.

 

C’est la première fois que Thierry Huard interprète lui-même l’une de ses œuvres. Disposer d’un studio de la Place des Arts pendant sept jours est une occasion pour lui de plonger à fond dans le caractère physique, après avoir profité d’autres résidences pour établir un univers visuel et dessiner des atmosphères. Dans l’espace épuré du studio, les corps s’agrippent, se toisent, se superposent. Avec son ami Nate Yaffe, s’appuyant sur une relation déjà tissée d’intimité, il n’y a pas de limites. Dans l’ombre, la répétitrice Corinne Crane offre sa présence bienveillante et joue le rôle d’œil extérieur – son regard est primordial.

 

 

Chorégraphe-anthropologue

 

Pour résumer sa démarche, laquelle s’ancre aussi dans un univers visuel fait de tissages et de macramés représentant le foisonnement des liens humains, Thierry Huard dit qu’il fait une danse « anthropologique », axée sur une sublimation ou une accentuation des interrelations entre les personnes, dans un environnement précis, souvent le plus intime possible.

 

Dans sa précédente pièce, We Can Disappear You, Thierry Huard explorait déjà les notions d’intimité et de rapprochement, jouant sur les frontières ambiguës entre l’amour et la violence. Il avait aussi défriché ce terrain dès 2014 dans la pièce Genesis. Deux hommes, pris dans un vêtement tissé, puis libérés de cette prison de tissu, y étaient déchirés par des mouvements d’attraction-répulsion, comme écartelés entre leur désir de fusionner et leur peur de s’abandonner à l’autre. Les Liens se déploie en écho à cette pièce : on y retrouvera aussi un duo masculin marchant quelque part sur le fil ténu entre vulnérabilité et fermeté, tantôt se prodiguant des caresses, tantôt faisant pression sur le corps de l’autre jusqu’à l’inconfort.

 

 

L’œuvre est imprégnée de vulnérabilité, d’affection, d’amitié, mais elle flirte aussi naturellement avec une forme de violence. « On travaille sur la notion de seuil du confortable, tentant d’aller si loin dans la proximité qu’elle en devient lourde, explique-t-il. En mettant du poids sur l’autre ou en faisant pression sur certaines parties du corps, par exemple. On travaille dans l’idée d’un corps non hiérarchisé, sans zones interdites. Mon visage peut-il aller partout? Ma main peut-elle aller partout? Avec quel niveau de pression, quel niveau de friction, quel poids? Les cordes qui forment la scénographie servent aussi à attacher l’autre, à créer aussi une pression sur les corps. Dans l’idée de montrer les liens invisibles, de matérialiser les liens, par des cordes et des tressages. »

 

Des liens multiples, et infiniment variables, avec lesquels le chorégraphe aime composer différentes trames de relations humaines. « Pour moi, les frontières entre amitié, érotisme, amour et violence ne sont pas toujours si claires. Je pense que j’aime m’amuser avec ces limites, inconsciemment, et que le spectacle parlera un peu de ça, que je le veuille ou non. »

 

 

« Pour moi, les frontières entre amitié, érotisme, amour et violence ne sont pas toujours si claires. Je pense que j’aime m’amuser avec ces limites, inconsciemment. »

 

Artiste de l’installation

 

Destiné à être présenté dans la galerie du MAI, Les liens est une installation sonore, vidéographique et performative, qui n’aura pas d’existence en salle de spectacle même si sa dimension chorégraphique est primordiale. « Je n’aime pas beaucoup les salles de spectacle traditionnelles, même si toutes mes précédentes œuvres ont été conçues pour elles », confie le créateur.

 

Le corps y est l’une des matières premières, mais le contexte de l’installation permet aussi à l’artiste de déployer sa petite anthropologie des relations par d’autres médias : le macramé, le son, la lumière, la vidéo. Autant d’éléments servant à créer une « caverne sombre » dans laquelle se dessinent les conditions de l’intimité et de la vulnérabilité.

 

 

Le programme L’Art en soi, dont l’existence est rendue possible grâce au soutien financier de la Fondation de la Place des Arts et ses partenaires, offre un appui aux artistes dans le but de faciliter la création et le déploiement d’œuvres originales. Les Résidences d’artistes procurent aux créateurs des conditions optimales d’exploration, d’expérimentation ou de production d’une œuvre, soit en salle de répétition ou de spectacle.

 

Crédit photo : Thibault Carron

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