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En résidence – Rachel Burman : les contraintes comme terrain de jeu
Crédit photo : Thibault Carron
Crédit photo : Thibault Carron
Maryse Boyce - 29 avril 2021

En résidence – Rachel Burman : les contraintes comme terrain de jeu

Alors qu’elle relisait pour une énième fois la pièce En attendant Godot, du dramaturge irlandais Samuel Beckett, une idée a jailli du cerveau de la compositrice Rachel Burman : et si les didascalies de l’œuvre servaient de trame à un spectacle en dehors de la discipline théâtrale ?

 

La compositrice est en voie de réaliser ce projet avec la collaboration de la poète et artiste de spoken word Rachel McCrum, alors que le duo a passé une semaine en résidence à la Place des Arts en avril pour en jeter les bases. Cette nouvelle création est intitulée Didascalie.

 

« Au départ, j’avais l’idée de suivre rigoureusement la pièce et tous les mouvements indiqués en les mémorisant, pour ensuite bâtir les textes et la musique, expose Rachel Burman, encore impressionnée par la qualité comique et le caractère détaillé des instructions de Samuel Beckett. Mais on réalise cette semaine à quel point la pièce demeure, même en suivant seulement ses didascalies. Il y a beaucoup de scènes très reconnaissables. Il y aura un travail à faire pour s’en libérer si on veut garder notre idée. »

 

 

Partition par le mouvement

 

Cette semaine de résidence se déroulait principalement en duo, avec la visite occasionnelle d’une chanteuse qui sera l’une des quatre interprètes de ce spectacle dont la forme définitive, inspirée de l’opéra, reste encore à définir.

 

« Nous sommes au tout début du processus. Nous traitons [les didascalies] comme une matière chorégraphique, parce qu’elles indiquent une série de mouvements. Nous pouvons jouer avec ces mouvements de toutes sortes de façons, en les répétant, en les transposant dans un autre genre de scène. Cela nous apporte beaucoup de liberté. »

 

 

C’est donc à une exploration par le corps que se livrent la compositrice et la poète. Cette approche peut sembler à première vue éloignée de leur pratique habituelle, mais elle rejoint des aspects importants de leur démarche respective. La poésie parlée de Rachel McCrum s’incarne par le corps, alors que les opéras signés par Rachel Burman, particulièrement Notre Damn, comportent un volet chorégraphique.

 

Les deux créatrices se sont connues dans un projet choral mené par André Pappathomas. Celui-ci dirige également le volet chant choral du programme d’art adapté de la Place des Arts, auquel Rachel Burman participe comme violoncelliste. La musicienne et compositrice a ensuite assisté à un monologue tiré d’Ulysse de James Joyce, interprété par Rachel McCrum, et elle est tombée sous le charme de la présence scénique et du sens théâtral de celle qui est désormais sa partenaire de création.

 

Ancrer la recherche dans le tangible

 

La compositrice Rachel Burman estime que la résidence à la Place des Arts leur a permis de poser Didascalie dans la réalité et d’y consacrer temps et énergie. « Ces occasions sont importantes pour concrétiser un projet, fait-elle valoir. Quand on est tout le temps seul, c’est plus long. Mais quand on nous donne des ressources comme cette résidence, c’est à la fois un encouragement et un incitatif à bien les utiliser et à prendre le projet au sérieux. » Dans le contexte où la pandémie obstrue l’horizon de la diffusion, et cela pour une période indéterminée, l’accès à un espace où faire progresser des idées par la pratique se révèle encore plus précieux. « La résidence m’a vraiment fait réfléchir à l’importance des ressources comme celles-là pour les créateurs, et j’en suis très reconnaissante. »

 

 

« Quand on nous donne des ressources comme cette résidence, c’est à la fois un encouragement et un incitatif à bien les utiliser et à prendre le projet au sérieux. »

 

Libérer les contraintes, fusionner les styles

 

Le spectacle inclura quatre interprètes, qui chanteront les mots de la poète Rachel McCrum. Celle-ci assurera la portion spoken word et sera accompagnée de deux chanteuses classiques, plus une troisième chanteuse d’un autre style musical à déterminer, afin de créer un objet artistique hybride.

 

 

La trame musicale sera composée par Rachel Burman au violoncelle, selon un processus d’enregistrement par couches et un jeu de superpositions qui fera écho au rythme des indications de Beckett : « Il y a beaucoup de didascalies qui sont répétitives, ce sont comme des boucles. C’est drôle parce que je travaille beaucoup avec des boucles [musicales] au violoncelle. Je sens une affinité à cet égard. » Elle s’entourera d’instruments comme la guitare, la basse et la batterie : « C’est plus pop, pour pouvoir bien accompagner [la troisième chanteuse], qui ne viendra pas de la musique classique. »

 

C’est d’ailleurs la recherche de collaborateurs et collaboratrices qui occupera le duo après la résidence. Rachel McCrum se consacrera cet automne à l’écriture du livret et aux rencontres avec les chanteuses, puis Rachel Burman prendra le relais pendant la saison froide pour composer la musique, inspirée du texte et de la partition des corps. « J’aimerais qu’au mois d’avril prochain, nous puissions donner une première présentation de style atelier, du moins devant un petit public et nos amis », en attendant de présenter l’œuvre à une assistance plus large.

 

 

Le programme L’Art en soi, rendu possible grâce au soutien financier de la Fondation de la Place des Arts et ses partenaires, offre un appui aux artistes dans le but de faciliter la création et le déploiement d’œuvres originales. Les Résidences d’artistes procurent aux créateurs des conditions optimales d’exploration, d’expérimentation ou de production d’une œuvre, soit en salle de répétition ou de spectacle.

 

Crédit photo : Thibault Carron

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