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Alexandra Templier repousse les limites du flamenco
Crédit photo : Thibault Carron
Crédit photo : Thibault Carron
Philippe Couture - 30 juin 2021

En résidence – Alexandra Templier et Les Niños cherchent à résonner avec le monde

La voix humaine, pour Alexandra Templier, est le lieu privilégié d’une connaissance profonde sur l’être humain et le monde. Sa pratique, influencée notamment par le chant flamenco, est un espace de réinvention et de métissage combinant plusieurs styles musicaux et une forte théâtralité. Pour elle l’art était initialement une forme de résistance vitale. En résidence à la Place des Arts avec le collectif Les Niños, elle cherche comment transformer cette résistance sous la forme plus douce d’une résonance intime et collective. Entrons dans l’univers de Les Niños - Chant 2 : Tant que la Nuit nous porte, où le flamenco devient prise de parole et art performatif hybride.

 

« Enfant, j’ai décidé que la mort ne serait jamais une option pour moi.», lance d’emblée Alexandra Templier. « J’ai refusé, de toute ma colère, qu’on essaye de me faire croire que l’être humain ne vaut rien ». Dès lors, sa pratique artistique a été menée sous le signe de la quête d’un langage hybride capable de transmettre cette inextinguible soif de vie. « Quel langage et quelle expérience scénique inventer pour vous toucher à l’essentiel et vous en convaincre vous aussi? Cette quête détermine tout mon cheminement artistique ». Un parcours pluridisciplinaire et interculturel dont le but ultime est de créer les conditions d’une expérience intime collective. « Mon objectif est de développer une expérience scénique capable de créer du silence chez les gens, de les toucher à l’essentiel et d’attiser un surplus de vitalité. Planter la conviction profonde que l’être humain est digne et capable de Beauté, que la vie humaine vaut la peine. », ajoute-t-elle.

 

 

Nourrie d’études en philosophie, dans lesquelles elle a croisé métaphysique et poétique contemporaine, d’études en art dramatique et en chant lyrique, elle a aussi vécu longtemps en Espagne, où elle a appris le chant flamenco auprès de grands maîtres madrilènes. Aujourd’hui, son approche s’inspire aussi du dhrupad, un chant classique indien, et du konnakol, une forme de percussion vocale de l’Inde du Sud.

 

Installée pour une semaine à la salle de répétition D de la Place des Arts avec le guitariste et compositeur Hugo Larenas, le contrebassiste Sébastien Pellerin, le pianiste David Ryshpan et le percussionniste Olivier Bussières, Alexandra Templier s’est livrée ces derniers jours à un premier défrichage qui mènera à un spectacle hors-norme dans lequel le public sera plongé dans une quasi-obscurité et invité à développer une écoute plus active, un rapport plus profond et plus large avec le son, sans se laisser influencer par l’image. 

 

« La notion de rituel, ou de sacré, est primordiale pour moi, explique-t-elle. Pour moi l’art est une cérémonie sans dieu, une messe sans institution religieuse et sans hiérarchie. L’art – et peut-être plus encore la voix humaine – offre un accès direct à une compréhension plus vaste du monde. Notre démarche actuelle, avec le recours à l’obscurité et une disposition scénique immersive, vise à favoriser cette expérience d’une résonance intime et collective. L’idée est de chercher ce qui se cache derrière la surface, de favoriser l’introspection. Pour ce faire, nous tentons d’annuler le plus possible le recours à la vue et de communiquer essentiellement par le son ».

 

 

L’improvisation comme base

La recherche menée en résidence par Alexandra Templier et le collectif Les Niños fait suite à l’œuvre Les Niños - Chant 1 : La Nuit du cœur, présentée à de nombreuses reprises à Montréal depuis 2017. Il en reprend les principes de base : réunir des musiciens virtuoses, capables de tout jouer, mais arrivant avec des bagages particuliers (jazz ou musique classique, entre autres) dans une esthétique hybride, incluant musique, échantillonnage, poésie, et faisant la part belle à l’improvisation.

 

« On cherche à créer quelque chose qui dépasse le patchwork, qui soit organique et fluide, tout en respectant l’essence des codes et traditions de nos pratiques respectives, qui nous sont chères. L’objectif étant de favoriser l’écoute sur la vue, nous travaillons aussi à développer des codes exclusivement sonores pour communiquer entre nous. L’impro « ouverte » ou « libre » est un outil privilégié pour permettre à chacun.e de mobiliser la diversité de son bagage mais surtout pour explorer sur scène notre vulnérabilité, la solidarité qui en découle et notre émerveillement collectif face à l’éphémère et à l’inédit. Elle est garante de sincérité, d’un ancrage dans le présent et, surtout, d’une ouverture sur l’autre et d’une écoute plus vaste. J’y vois le lieu par excellence d’une résonance avec l’inconnu! »

 

 

Le but de cette résidence est aussi de chercher comment rester le plus universel possible. « Des impros musicales de cette nature peuvent souvent devenir hermétiques or on veut rejoindre tout un chacun, sans besoin d’être « inité.e.s »! On espère donc éviter ce piège en faisant appel notamment à la dramaturgie, en insérant nos impros dans un cadre et un propos général qui servent de boussole ».

 

En route vers la résonance

Un cadre dramaturgique? Sans être narratif ou linéaire, il s’appuie sur l’idée de proposer aux spectateurs « d’entrer dans une sorte de radio clandestine, un lieu souterrain où des résistants tentent de capter les appels de la Poésie et de les faire passer en « zone occupée » : dans le champ de notre perception quotidienne qui d’habitude les ignorent. Un espace volontairement sombre où l’on peut se mettre en profonde résonance avec ce qui nous entoure », comme le dit Alexandra Templier. Nous réfléchissons aussi à un dispositif en amont de la représentation, une sorte de podcast permettant à la fois de préparer le public à l’expérience et de l’inviter à y participer avec des témoignages audios qui participeraient à la trame de la représentation ».

 

 

Mais qu’est-ce donc que cette résonance que la chanteuse cherche tant à atteindre? « Hartmut Rosa oppose cette notion de résonance à celle de résistance, indique-t-elle. Résister implique que le monde est contre nous et qu’on est contre le monde. Et je me reconnais de moins en moins dans cette posture. Ses écrits m’ont permis de mettre les mots sur mon intuition profonde. Ce que je recherche en tant qu’artiste et a fortiori en tant que chanteuse, relève du rapport de résonance : recevoir la vie, l’embrasser, accepter de se laisser transformer/affecter et y répondre, dans une logique circulaire ».

 

Une quête de circularité toute en musique et tout simplement unique.

 

Le programme L’Art en soi, rendu possible grâce au soutien financier de la Fondation de la Place des Arts et ses partenaires, offre un appui aux artistes dans le but de faciliter la création et le déploiement d’œuvres originales. Les Résidences d’artistes procurent aux créateurs des conditions optimales d’exploration, d’expérimentation ou de production d’une œuvre, soit en salle de répétition ou de spectacle.

 

Crédit photo : Thibault Carron

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