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Opéra de Montréal : accorder culture, diffusion et innovation
Crédit photo : Yves Renaud – Opéra de Montréal
Crédit photo : Yves Renaud – Opéra de Montréal
Maryse Boyce - 7 mai 2019

En orbite - Patrick Corrigan et Xavier Roy de l'Opéra de Montréal : Accorder culture, diffusion et innovation

L’Opéra de Montréal présente depuis le 4 mai Carmen, le grand classique de Bizet, dans une mise en scène du réalisateur Charles Binamé. La compagnie montréalaise profite des représentations de cet opéra à grand déploiement pour ajouter deux volets bien particuliers à son développement. Explications.

 

Le premier de ces deux volets consiste en une captation du spectacle, dans le but de le diffuser aux quatre coins du Québec au cours de la prochaine année. Le deuxième volet prend la forme d’un projet de recherche exceptionnel dans le milieu culturel québécois. Son but : récolter des données sur l’expérience émotionnelle des spectateurs pendant le concert.

 

Nous avons discuté de ces deux projets novateurs avec Patrick Corrigan et Xavier Roy, respectivement directeur général et directeur marketing à l’Opéra de Montréal.

Comment vous est venue l’idée de la captation et de la diffusion de Carmen ?

 

Patrick Corrigan (PC) : Ça a commencé par une volonté stratégique de partager nos œuvres avec nos compatriotes à travers la province. Autrefois, Radio-Canada et CBC enregistraient les opéras pour leurs réseaux, mais ça ne se fait plus. Ça a laissé un grand vide, que nous voulons combler.

 

Xavier Roy (XR) : L’opéra circule difficilement sur le territoire québécois. Ce sont des spectacles de trop grande envergure, qui demandent souvent une fosse d’orchestre. Au Québec, il n’y a pas beaucoup de salles qui sont équipées pour ça… Nous voulons y remédier avec la diffusion du Carmen de Charles Binamé.

 

Où comptez-vous diffuser le spectacle ?

 

XR: Nous aurions pu nous tourner vers les salles de cinéma, qui présentent souvent de l’opéra. Mais nous avons plutôt choisi les salles de spectacles pluridisciplinaires à travers le Québec, parce que nous croyons que ce sont ces salles qui sont les plus proches de leur communauté et que ce sont elles qui ont la plus grande expérience en matière de développement de publics et de médiation artistique. Pour l’instant, il y a beaucoup d’intérêt pour cette production un peu partout au Québec. 

 

Quand peut-on s’attendre à retrouver Carmen en salle ?

 

XR: Nous nous gardons l’été pour assurer la postproduction. La diffusion aura lieu de manière simultanée à travers la province. Un dimanche après-midi au mois de février ou de mars, probablement, toutes les salles qui participent au projet vont présenter en même temps Carmen.

 

Avez-vous d’autres visées avec ce projet ?

 

PC : C’est une occasion de développer nos compétences pour comprendre le domaine, les salles, tous les enjeux pour bien mener à bien ce genre de projets… question d’en produire d’autres dans le même genre par la suite. À l’Opéra de Montréal, nous avons notamment la volonté de valoriser le répertoire francophone. Nous voulons aussi faire connaître nos productions à travers le monde. Ce projet s’inscrit donc dans notre mission de partager l’opéra, particulièrement l’opéra en français.

 

Par ailleurs, vous menez actuellement en ce moment un projet de recherche biométrique sur un échantillon de spectateurs pendant les représentations de Carmen. Comment est né ce projet et quelle était l’intention derrière ?

 

XR: À l’Opéra de Montréal, nous cherchons vraiment à comprendre ce qui fait que les gens viennent à l’opéra. Ce qui fait qu’ils reviennent, aussi ! Pour ce faire, nous avons déposé un projet de recherche à OPERA America [l’association des compagnies d’opéra en Amérique du Nord], qui a un programme d’innovation financé par la Fondation Getty, et le projet a été accepté. 

Photographe: David Brieugne
 

Comment se déploie le projet de recherche ?

 

XR: Il s’étend sur cinq représentations de Carmen et implique cinq participants par soir. Nous utilisons des électrodes, des capteurs et des caméras pour suivre l’activité cérébrale des spectateurs. Après ces cinq soirs en salle, nous allons comparer les données recueillies avec celles d’une installation en laboratoire à HEC Montréal. L’analyse devrait nous aider à comprendre non seulement ce que les spectateurs vivent quand ils viennent assister à un opéra chez nous, mais aussi comment cette expérience se compare à celle d’une production du Metropolitan Opera diffusée dans un cinéma, par exemple.

 

Comment comptez-vous utiliser les données récoltées ?

 

XR: Nous devrions recevoir des résultats à l’automne. Nous allons ensuite organiser un hackathon [un événement de programmation collaborative] au printemps 2020 pour que la communauté technologique de Montréal réfléchisse aux manières dont la technologie peut contribuer à rehausser l’expérience d’une soirée à l’opéra.

 

PC : Même si nous avons des hypothèses assez précises, en vérité, nous ne savons pas du tout ce qui va ressortir de l’expérience. C’est très intéressant d’appliquer un protocole de recherche à l’expérience en salle !

Photographe: David Brieugne
 

L’opéra Carmen est présenté à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, du 4 au 19 mai 2019.

 

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