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Eruoma Awashish
Crédit photo : Portraits de Montréal
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Portraits de Montréal - 28 septembre 2018

"Aujourd’hui à travers mon art, j’essaie de faire connaître la culture autochtone..."

« Eruoma Awashish icinikason. Je m’appelle Eruoma Awashish, je suis une Atikamekw de la communauté d’Obedjiwan, dans le nord de la Haute-Mauricie, et je suis établie depuis plusieurs années au Lac Saint-Jean, à côté de la communauté Innu de Mashteuiatsh. Je suis conservatrice au musée de la communauté, mais je suis d’abord artiste en arts visuels.

 

J’ai quitté ma communauté assez jeune, mes parents souhaitaient que je vive d’autres expériences, que je puisse commencer à m’intégrer en ville parce qu’ils savaient que ça arriverait tôt ou tard, pour les études. Fait qu’en secondaire trois, je suis allée habiter chez une tante au Lac Saint-Jean.

 

Comme tous les enfants, je dessine depuis que je suis en âge de tenir un crayon. J’ai grandi dans un milieu où la création fait partie du quotidien : j’ai des parents artistes, mais on vivait aussi dans la maison de mes grands-parents, qui étaient des artisans ; mon grand-père fabriquait des raquettes, des rames, et ma grand-mère fabriquait des mocassins. Ils fabriquaient des objets usuels du quotidien – des raquettes, des rames, des mocassins… – mais dans la culture des Premières Nations, quand tu fabriques un objet, il faut qu’il soit beau. Quand tu mets de la beauté dans ce que tu fais, c’est une façon d’honorer la vie.

J’avais envie de faire quelque chose pour rendre à ma communauté, fait que je me voyais faire des études en droit. Mais mon père, qui a fait des études en droit, était aussi un artiste et il aurait aimé vivre de sa musique ; fait qu’il m’a toujours encouragée à aller vers les arts. Aujourd’hui à travers mon art, j’essaie de faire connaître la culture autochtone, pour qu’on puisse tranquillement reprendre notre place dans la société. On a été mis de côté trop longtemps, on a été oubliés même, et comme artiste, j’essaie d’ouvrir quelque chose dans le cœur des gens. Dans l’histoire des Autochtones, il y a du beau, mais il y a beaucoup de choses difficiles aussi ; dans ma démarche je traite souvent de la blessure, de la souffrance, de la spiritualité, et je pense que les gens sont touchés par ça. Tout d’un coup, même s’ils ne connaissent pas les Autochtones, c’est comme s’ils ressentaient un peu nos blessures, à travers mon travail. Ils deviennent empathiques. Je ne veux pas que les gens vivent de la culpabilité par rapport à plusieurs atrocités que les Premières Nations ont subi ; mais plutôt que les gens se responsabilisent.

 

Maintenant que je suis une maman, tout ce que je fais, tout ce que je construis, j’espère que ma fille sera fière de moi, fière de ce que je vais lui léguer. J’aimerais qu’elle connaisse un Québec où on n’a plus besoin de se battre, plus besoin d’expliquer, de justifier… Plutôt un Québec où on reconnaît les Autochtones, et où tout est à construire. J’aimerais qu’on ait plus de place, qu’on puisse participer activement à construire notre pays.

 

On entend des choses difficiles sur les communautés ; les problèmes de consommation, d’alcoolisme, de toxicomanie, de violence… les gens souffrent. Mais il y a aussi beaucoup de choses positives qui se passent dans les communautés : les gens qui reviennent à leur spiritualité, aux rituels, ça aide les gens à se reconnecter avec qui ils sont, ça les réconcilient avec leur identité. La blessure sera toujours là, mais on peut guérir quand même, et cette blessure là vient témoigner de toute la bravoure, le courage de grandir. Moi j’ai grandi à Obedjiwan, et j’ai eu une belle enfance. C’est sûr qu’il y a des réalités qui sont bien difficiles dans les communauté, mais il y a vraiment des belles choses aussi, qu’on ne trouve pas en ville. Il se passe quelque chose sur le territoire, c’est là que notre culture prend tout son sens. Aller dans le bois avec ma famille, aller sur le réservoir Goin – la particularité du territoire d’Obedjiwan c’est que ça a été innondé, fait que c’est de l’eau partout, et plein de petites iles. Partir en canot l’été, avec mon père, ma mère, mon frère, je pense que c’est ça mes plus beaux souvenirs d’enfance.

Je trouve ça cool que les institutions invitent des artistes qui viennent des communautés autochtones en régions éloignées. Ils n’ont pas de plateformes dans les communautés, c’est difficile de faire rayonner son travail. Un piano public avec des motifs et toute une iconographie Atikamekw, s’il y a des Atikamekw qui passent dans le coin, ils vont se reconnaître dans le piano. Et c’est important. »

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