Giselle : un ballet romantique toujours d’actualité
Une femme trahie qui perd peu à peu la raison. Un séducteur hanté et forcé de danser, possiblement jusqu’à la mort. Plus de 175 ans après sa première représentation, le ballet Giselle demeure l’une des plus grandes œuvres romantiques qui soient. Rencontre avec Ivan Cavallari, directeur artistique et chorégraphe aux Grands Ballets Canadiens.
Au bout du fil, Ivan Cavallari, devenu directeur artistique des Grands Ballets en 2017, ne cache pas son plaisir de présenter à nouveau cette création déjà jouée sous sa gouverne en 2019.
« Il y a eu beaucoup de changements dans cette version », mentionne-t-il. Des changements, oui, car dans la version originale, signée Jean Coralli et Jules Perrot et présentée pour la première fois à l’Opéra de Paris en 1841, le premier acte de l’histoire de Giselle était par exemple largement composé de pantomimes.
Marius Petipa, ancien danseur devenu chorégraphe, a signé une adaptation de Giselle, pantomime en moins, qui a fait sensation en Russie vers la fin du 19e siècle, et dont sont dérivées toutes les adaptations contemporaines.
Ivan Cavallari dit avoir travaillé à rendre l’œuvre la plus accessible possible pour le public de 2024 tout en respectant le style de ce « plus ancien ballet romantique ».
« Je voulais garder ce style, car je trouvais que c’était comme décortiquer Beethoven; on ne le peut pas! Je voulais aussi trouver une façon différente d’approcher une jeunesse, qui n’a donc pas besoin d’avoir une connaissance de la pantomime, comme on l’avait, à l’époque... »
Le chorégraphe explique que, entre autres changements, il a beaucoup plus fait intervenir les danseurs masculins lors du premier acte. Si, dans la version originale, ils étaient beaucoup plus stoïques, à l’exception du danseur principal, cette fois, on peut s’attendre à les voir être bien plus dynamiques.
« Je voulais aussi décortiquer une autre scène traditionnellement présentée sous forme de pantomime, soit celle où Giselle plonge dans la folie », ajoute Ivan Cavallari, en disant souhaiter « offrir un accès plus immédiat à un récit qui a marqué l’histoire de la danse ».
« J’ai souhaité conserver un aspect classique et romantique, mais avec un regard beaucoup plus moderne. »
Une histoire intemporelle
Ce qui joue aussi en faveur d’Ivan Cavallari et des Grands Ballets, c’est que les thèmes abordés dans Giselle sont toujours autant d’actualité.
Si le récit d’une paysanne s’éprenant d’un duc promis à une autre est moins contemporain, les thèmes de l’amour, de la trahison, de la peine menant à la folie et du pardon, eux, sont toujours pertinents.
Le directeur artistique des Grands Ballets juge d’ailleurs que ce dernier aspect, celui du pardon, très présent dans Giselle, est particulièrement important aujourd’hui. « L’homme est encore féroce, en un sens. On se fait encore la guerre; on a perdu l’essence du pardon. L’art est d’ailleurs là pour rappeler, peut-être avec une petite voix, qu’il y a encore une envie de montrer le bien, le mal, le pardon », dit-il.
Avec les différents changements apportés à la structure de l’œuvre, à la façon dont la trahison du bel Albrecht provoquera une peine d’amour si forte chez Giselle qu’elle en perdra la raison et rejoindra les Wilis, des esprits vengeurs, Ivan Cavallari est certain de séduire à la fois ceux qui auraient déjà vu la production, en 2019, et les nouveaux spectateurs, ces néophytes qui découvrent coup sur coup le ballet et l’une des plus anciennes œuvres romantiques du répertoire.
Giselle, d’Ivan Cavallari, d’après Marius Petipa
Avec l’Orchestre des Grands Ballets
Du 30 mai au 2 juin 2014 à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, à Montréal

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