Enfants qui dansent
Sarah Poulin-Chartrand - 7 novembre 2019

Faire naître un coup de foudre pour la danse

Je devais avoir 8 ou 9 ans et mes parents venaient sans le savoir de me faire pénétrer dans un univers qui allait m’habiter pendant plusieurs années. Réussirai-je le même exploit avec mes enfants?

 

Ma mère et mon père m’avaient amenée voir Le Dortoir, le spectacle de théâtre et de danse de la compagnie Carbone 14. Une pièce complètement folle pour la petite fille des années 80 que j’étais, plus habituée aux Câlinours et aux Transformers qu’aux danseurs en caleçon, sur une scène transformée en pensionnat austère. On pouvait faire ÇA dans un spectacle? Être complètement libre, être fou, être triste, crier, sauter sur les lits, s’aimer? 

 

 

Je venais de vivre un électrochoc en forme de coup de foudre avec la danse. 

 

Il y a eu par la suite plusieurs spectacles de danse contemporaine vus avec mon père : Marie Chouinard, O Vertigo, Margie Gillis…  J’adorais ces moments avec mon papa, et j’adorais ce genre de spectacles où je ne comprenais pas toujours tout, mais qui s’immisçaient quelque part proche du cœur, à un endroit où le corps comprend la poésie mieux que la tête. Mon amour pour la danse s’est enraciné à cette époque-là et ne m’a pas quitté depuis.

 

Aujourd’hui mère de trois enfants, je tente de leur faire découvrir à mon tour toutes sortes de choses, de leur ouvrir ces fenêtres sur l’émotion. De semer des petites graines qui stimulent l’imaginaire et l’abstrait. Je ne sais pas si c’est la danse qui saura les accrocher autant que moi, mais j’ai envie d’essayer. Ils lisent, fréquentent souvent les théâtres jeunesse, visitent parfois des expositions, mais je pense que la danse a sa place dans leur parcours de découvertes.

 

C’est aussi pour les garçons!

 

J’ai deux garçons et une fille. Nous essayons de les élever sans leur imposer une tonne de stéréotypes. Mais ils ne vivent pas en vase clos, et je réalise de plus en plus à quel point il est difficile pour mes fils de se laisser aller dans des élans artistiques ou dans ce qu’ils perçoivent, hélas, comme étant des intérêts plus féminins. Comme s’ils se retenaient et se regardaient agir.

 

Pourtant… Quand il n’y a personne autour qui pourrait les juger, ils sont capables de chanter à tue-tête dans la voiture, de danser comme des fous dans le salon le vendredi soir ou de plonger gaiement dans nos soirées d’improvisation en famille. Ils sont capables d’abandon et de poésie, de danse et de musique. Et ça, c’est un des secrets importants de la vie que je voudrais qu’ils retiennent quand je leur fait découvrir des artistes de toutes les disciplines sur une scène. Je veux qu’ils sachent qu’on a le droit de se laisser bercer par la musique, qu’on peut exprimer une foule de choses avec son corps, qu’une salle de spectacle est un endroit où déposer un instant la petite armure qu’on se bâtit jour après jour, quand les lumières s’éteignent et qu’on laisse notre jugement au vestiaire.

 

Ça ne se fait pas magiquement, non. Mais je persiste à vouloir les faire sortir de leur coquille. « J’ai rien compris… C’était bizarre… » Moi non plus je n’ai pas tout compris! C’est ça la beauté de la danse. Ça se comprend par le corps et par les sens, ça ne se dit pas toujours en mots qu’on arrive à bien aligner.  

 

Je ne sais pas s’ils connaîtront ce même coup de foudre pour la danse que j’ai vécu à leur âge. S’ils retiennent, toutefois, que sur une scène et dans sa propre vie, on peut être fou, on peut être libre, on peut aimer, crier et virevolter, alors j’aurai gagné un petit bout de mon pari.

 

Sarah Poulin-Chartrand est cofondatrice et rédactrice en chef du site pour parents Ta Tribu

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